Dans les rues de Kalemie, ceux qui l’ont connu durant ses années universitaires se souviennent encore d’un jeune étudiant au regard déterminé, capable de mobiliser des centaines d’étudiants autour d’une cause qu’il jugeait juste. Plusieurs années plus tard, ce même jeune homme est devenu avocat, acteur politique, stratège de campagne, militant pour la paix et figure montante des débats sociopolitiques congolais. Son nom : Ramazani Shabani Nuur.
Né le 1er mai 1994 dans la ville de Kalemie, au Tanganyika, Ramazani Shabani Nuur grandit dans une famille modeste où le travail quotidien est une nécessité de survie. Son père, ABEDI SHABANI Nuru, et sa mère, MBUYU MAUWA Amina, exercent tous deux le petit commerce. Dans cet environnement simple mais exigeant, il apprend très tôt la discipline, l’effort et le sens des responsabilités. Derrière les difficultés du quotidien se forge progressivement une personnalité ambitieuse, attachée à la justice et sensible aux réalités sociales de son pays.
Marié et père de deux enfants, il mène aujourd’hui une vie partagée entre engagement public, profession d’avocat et responsabilités familiales.

En 2012, il obtient son diplôme d’État en Chimie-Biologie à l’Institut Kifungo de Kalemie. Mais contrairement à ce que pouvait laisser penser son orientation scientifique, son véritable intérêt se porte déjà vers les questions de droit, de pouvoir et de gouvernance. Il rejoint alors la faculté de droit de l’Université de Kalemie.
Très vite, l’étudiant se transforme en leader estudiantin. Charismatique, direct et souvent critique envers les autorités académiques, il attire l’attention par sa capacité de mobilisation. En janvier 2015, alors qu’il est en troisième année de graduat en droit, il mène l’un des mouvements estudiantins les plus marquants de l’époque à l’Université de Kalemie. Il accuse le comité de gestion de mauvaise gouvernance et de création de frais illégaux imposés aux étudiants.
Face à cette situation, il appelle à trois journées sans cours. Le mot d’ordre est largement suivi. Les étudiants paralysent les activités académiques dans une démonstration de solidarité rarement observée jusque-là. Cette action lui vaut un surnom qui le suivra longtemps : « Mandela ». Pour beaucoup d’étudiants, il devient le symbole de la résistance contre l’injustice universitaire.
Mais toute contestation a un prix. Trois mois plus tard, les autorités universitaires le sanctionnent, provoquant la perte de son année académique. Un revers qui aurait pu freiner son parcours, mais qui devient finalement l’un des épisodes fondateurs de son engagement.
En parallèle à ses études, Ramazani Shabani Nuur fait déjà ses premiers pas en politique. Dès 2014, alors qu’il n’a pas encore vingt ans, il rejoint l’Alliance des Forces Démocratiques du Congo (AFDC). Avec d’autres jeunes militants, il participe à la création d’une structure estudiantine du parti dans la province du Tanganyika, contribuant à relancer son activité politique locale.
Son ascension est rapide. Il devient vice-président de la ligue des jeunes étudiants, avant d’être nommé secrétaire national chargé de la jeunesse désœuvrée par Modeste Bahati Lukwebo, président national du parti. Il occupe ensuite les fonctions de coordonnateur adjoint de la ligue des jeunes du Tanganyika.
Malgré les turbulences universitaires, il poursuit son cursus et obtient en 2016 son diplôme de graduat en droit à l’Université de Kalemie.
Cette même année marque un autre tournant décisif. Le 20 janvier 2016, dans le contexte de la naissance de la nouvelle province du Tanganyika après le découpage du Katanga, il est recruté comme agent à la Direction Générale des Recettes du Tanganyika (DGRTANG).
Quelques mois plus tard, il tente le concours d’admission à l’École Nationale des Finances (ENF). Sur tous les agents de son institution, il est le seul à réussir. En novembre 2016, il rejoint officiellement cette école réputée pour la formation des cadres des finances publiques.
À l’ENF, Ramazani Shabani Nuur construit un parcours académique remarqué. Pendant trois années, il accumule les distinctions dans sa spécialité : la gestion des finances publiques, option budget et comptabilité publique. En 2019, il termine son cursus avec trois mentions distinction obtenues successivement durant ses trois années de formation.
Cette même année, il reprend également ses études de droit à Kinshasa en intégrant le deuxième cycle de l’Université Révérend Kim.
En 2017, il avait volontairement quitté les activités partisanes afin de se concentrer sur ses études à l’ENF. Mais la politique le rattrape rapidement.
En 2018, Seth Kikuni Masudi, alors plus jeune candidat à l’élection présidentielle congolaise, le contacte personnellement pour intégrer son équipe de campagne. Ramazani Shabani Nuur est nommé Directeur de mobilisation et propagande. Il participe activement à l’organisation politique et à la communication de campagne du candidat.
En 2021, il décroche sa licence en droit à l’Université Révérend Kim et est admis au Barreau du Maï-Ndombe. Le 10 décembre 2021, il prête serment devant la Cour d’appel du Maï-Ndombe et devient officiellement avocat.
Dans le milieu judiciaire, il se fait progressivement connaître pour son implication dans des dossiers sensibles, notamment politiques. Son profil combine alors plusieurs dimensions : juriste, financier public, stratège politique et militant engagé.
En 2022, il devient l’un des principaux artisans de la création du parti politique Piste pour l’Émergence autour de Seth Kikuni Masudi. Durant plusieurs années, il en reste le Coordonnateur national, poste stratégique avant même la mise en place officielle des structures internes du parti en septembre 2025.
L’année 2023 le place au centre de la bataille électorale congolaise. Désigné mandataire du candidat président Seth Kikuni Masudi, il devient ensuite directeur de campagne. Simultanément, il assure la défense juridique du candidat dans les contentieux électoraux introduits contre le président sortant Félix Tshisekedi devant la Cour constitutionnelle.

En août 2024, il surprend cependant l’opinion politique en annonçant sa démission de Piste pour l’Émergence. Il explique vouloir se consacrer entièrement à une dynamique citoyenne indépendante : la Dynamique Sociale pour le Développement et la Paix (DSDP), où il est désigné coordonnateur national.
À travers cette structure, il multiplie les prises de position en faveur du dialogue national et de la paix en République démocratique du Congo. Il appelle notamment à des discussions inclusives entre toutes les parties prenantes à la crise sécuritaire de l’Est du pays.
Le 14 septembre 2024, il lance publiquement un appel à un nouveau pacte social pour la paix et le développement, plaidant pour une refondation politique et morale de la nation congolaise.
Quelques jours plus tard, après l’arrestation de Seth Kikuni Masudi à Lubumbashi, RamazaniShabani Nuur reprend la robe d’avocat au premier plan. Très offensif médiatiquement, il devient l’un des principaux défenseurs du leader politique et annonce des actions judiciaires internationales contre certains responsables des services de sécurité pour arrestation arbitraire et actes de torture présumés.
En octobre 2025, il réintègre finalement Piste pour l’Émergence, affirmant vouloir unir les forces politiques « contre la dictature, la mauvaise gestion et les antivaleurs ». Quelques mois plus tard, en février 2026, il est nommé Haut représentant du parti chargé de l’attractivité et des partenariats internationaux.
Entre militantisme estudiantin, administration publique, barreau, finances publiques et combats politiques, Ramazani Shabani Nuur construit progressivement une trajectoire singulière dans le paysage congolais. Pour ses partisans, il représente une nouvelle génération de leaders décidés à faire de la parole, du droit et du dialogue des instruments de transformation nationale.

